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Sans titre

Ci-gît un tyran implacable

Qui n’eût pardonné à la mort

Si ce vainqueur impitoyable

N’eût été maître de son sort.

Pour monter jusqu’au premier rang

Il répandit ce noble sang,

Issu de royale lignée,

Et, mourant, n’eut d’autre dessein

Que de montrer un cœur d’athée

Logé dans le corps d’un chrétien.

Passant, si malgré ses offenses,

Malgré toute sa cruauté

Qui a versé le sang de France,

Tu en es touché de pitié,

Prie Dieu seulement pour son corps.

Que, sortant de ces noirs cachots

Il n’aille en la cave infernale

Rejoindre son funeste esprit

Qui croit son arrivée fatale

Dans cette épouvantable nuit.

Mais prie plutôt pour sa patrie,

Que ce corps tout pourri de vers

Dont la France est toute pourrie,

Joignent son esprit aux enfers

De peur que cet espoir cruel

Donnant encore un coup mortel

N’achève enfin tous de nous perdre

Et que ceux qui manient l’État

Ne fassent à son exemple naître

Au lieu de justice un sabbat1 .

  • 1Voir *0238

Numéro
0178


Année
1642


Personnalité
Richelieu, Armand Jean du Plessis de (1555-1642), homme d’État


Nombre de vers
30 vers

Métrique
Octosyllabe

Finalité
Critique


Références

Trésor des épitaphes, p.10 - BHVP MS 555, f°8r-9v