Sur un docteur qui était fort méchant personnage

           D’un usurier

Ci-gît un homme bien accort

S’il eût enfin trompé la mort

Aussi bien que pendant sa vie,

Sous ombre d’une prud’homie

Il faisait le dévotieux

En priant Dieu la larme aux yeux,

Et faisait paraître à chacun

Que des biens lui était tout un.

Et néanmoins en cette ville

N’y avait homme plus habile

De donner tous les jours argent

A intérêt de cent pour cent ;

Et savait si bien contrefaire

La signature d’un notaire

Que jamais on ne vit décret

Auquel par un subtil secret

Des premiers colloqué ne fut ;

Or, après enfin il mourut

Et laissa force argent comptant

Entre les mains d’un jeune enfant

Lequel aimerait mieux se pendre

Qu’il ne trouve en quoi le dépendre.

Car toujours il dit aussi bien

Qu’après sa mort il n’aura rien ;

Que son père était une bête

De se rompre pour lui la tête ;

Qu’il gardera bien son enfant

D’en dire de lui un jour autant.

Vous autres qui par ci passez

Et qui tant d’écus amassez,

Priez Dieu pour ces vieux fous

Afin qu’on prie aussi pour vous.

Numéro
0750


Année
Inconnue

Personnalité
Usurier


Nombre de vers
30 vers

Métrique
Octosyllabe

Finalité
Critique


Références

Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant, p.202-03